LAFA, créateur de mobilier depuis 1920

Entreprise centenaire connue de tous les habitants de l'Agglomération, quelle est l'histoire de LAFA Collectivités ? Xavier Cresson, actuel dirigeant, retrace l'histoire du petit d'atelier d'ébénisterie devenu site industriel...
Publiée le jeudi 19 février 2026

Les automobilistes arrivant à Aurillac longent ses ateliers pendant plusieurs centaines de mètres. Les soirs d'été, quelques portes entrouvertes laissent percevoir une faible lumière. De près ou de loin, chaque habitant a dans un coin de la tête une connaissance qui travaille ou a travaillé... « chez LAFA ». Entreprise discrète mais emblématique du paysage aurillacois et cantalien, la firme a su traverser les années... Créée en 1920 par Joachim Lafargue, la « Menuiserie Lafargue » était à l'époque un atelier artisanal d'ébénisterie situé place de la Bienfaisance, dans le centre ancien d'Aurillac. Devenue la « SA Lafargue et Cie » en 1939, la firme ambitionne de se développer et déménage en 1948 sur le site industriel flambant neuf de Firminy. Ici, elle se spécialise dans la fabrication de mobilier scolaire et de cuisine, notamment sous l'impulsion de l'un des fils de Joachim, Jean Lafargue. Très vite, l'entreprise se fait remarquer au niveau national pour sa production en matériel scolaire et continue sa progression.

En 1958, elle compte alors 600 salariés et, malgré la création en 1960 d'un dépôt supplémentaire sur la zone artisanale de Bargues à Sansac-de-Marmiesse, les ateliers de Firminy deviennent trop petits. En 1974, Jean Lafargue, ayant pris la relève au décès de son père, décide donc d'abandonner les sites existants pour centraliser l'entreprise à la nouvelle Zone Industrielle de Sistrières, entre Aurillac et Arpajon-sur-Cère. L'entreprise et ses 665 salariés bénéficient alors d'un outillage à la pointe de la technologie dans des ateliers s'étalant sur plus de 60 000 m2.

825 employés en 1975

L'année 1975 est charnière pour l'entreprise. Avec l'arrivée du frère de Jean, Paul Lafargue, elle adopte le sigle qu'on lui connaît aujourd'hui : LAFA. Elle se classe alors dans le top 10 national des entreprises spécialisées dans le meuble et compte 825 employés, son record. Entre incendies dévastateurs, dépôts de bilan, aide financière de Michelin et rachats par de grands groupes, les années qui suivent sont plus compliquées. Au milieu des années 90, l'entreprise retrouve son indépendance, devient « LAFA Mobilier » et rachète le patrimoine et les droits d'auteur de la société Mullca, créatrice originelle de la fameuse Chaise 510. En 2012, trois anciens employés reprennent sa direction et créent « LAFA Collectivités ». Parmi eux, Xavier Cresson, arrivé dans l'entreprise en 2007 en tant que responsable production et devenu cet été l'unique dirigeant de la société.

Aujourd'hui, LAFA Collectivités compte environ 225 employés, possède un catalogue de plus de 4 000 références et enregistre un chiffre d'affaires de 36 millions d'euros. Pour autant, la dernière décennie n'a pas été de tout repos... « L'entreprise enregistrait un chiffre d'affaires de 28 millions d'euros quand nous avons pris la relève en 2012, se souvient alors Xavier Cresson. Puis, nous avons rencontré de grosses difficultés et les années qui ont suivi ont été particulièrement difficiles avec un chiffre vacillant autour des 23 millions d'euros jusqu'en 2014. Pour redresser la barre, nous avons dû faire de nombreux efforts et économies pour réduire nos coûts de fonctionnement et accroître notre capacité de production et de productivité grâce notamment à l'achat de machines d'occasion. Nous avons également augmenté très nettement le nombre de réponses aux appels d'offres afin de faire progresser notre chiffre d'affaires en direct avec les collectivités et diversifier nos clients. »

Mairies, hôpitaux, armées, crèches, maisons de retraite, revendeurs... En 2024, l'entreprise comptait ainsi plus de 1 120 clients, basés majoritairement en France mais aussi dans quelques pays européens, au Congo et au Rwanda.

Une fabrication « franco-cantalienne » 

Pour continuer à les satisfaire et en séduire de nouveaux, Xavier Cresson ne pense pas s'arrêter en si bon chemin. « De plus en plus de nos clients ont un oeil attentif à l'esthétique des objets qu'ils achètent, note-t-il. On a donc travaillé pour développer le design de nos produits et avoir la volonté de faire de jolies choses. Par exemple, quand je suis arrivé dans l'entreprise, la gamme de décors se comptait sur les doigts d'une main. Maintenant, nous avons autant de variété qu'un cuisiniste.» L'investissement est également au coeur de ses ambitions. « Dès que l'on a pu, nous avons investi dans de nouveaux outils industriels. Et nous continuons à le faire. » Pour preuve, l'un des grands projets à venir est la réintégration complète d'un atelier, sur lesite de Sistrières. « On souhaite se tourner vers une fabrication 100 % francocantalienne, explique le dirigeant. Pour cela, on relocalise les ateliers qui avaient été externalisés à l'étranger. D'ici fin 2026, l'objectif est donc de réintégrer entièrement l'atelier de garniture de chaises. C'est la première étape, et les clients nous suivent dans cette démarche. »

D'ores et déjà, environ 90 % des références produites par LAFA Collectivités sont fabriquées intégralement à Aurillac. « Au total, nous avons cinq ateliers distincts : métallurgie, peinture, menuiserie, montage et garniture en voie de modernisation. Nous sommes aussi totalement autonomes sur le développement avec notre propre bureau d'études et atelier de prototypes et outillage. C'est donc ici que les nouveaux produits voient le jour. » Dans ces mêmes bâtiments, se réfléchit également la seconde vie des produits. Achats, matières premières... La question environnementale prend désormais une place « logique et conséquente » dans la statégie de développement de l'entreprise. Si la durabilité des meubles LAFA n'est plus à prouver, le recyclage et le réemploi sont aussi sur la table des projets. Acheter la chaise de son enfance ? Peut-être bientôt ! À suivre...