Rencontre avec... Patrick Casagrande
Après votre élection à la Mairie d'Aurillac, briguer la présidence de l'Agglomération vous semblait-il logique ?
Patrick Casagrande : « Tout à fait, et c'était un engagement assumé et transparent. J'ai déclaré ma candidature à la Mairie d'Aurillac le 10 octobre 2025 et, dès ce jour-là, j'avais indiqué que si les Aurillacois m'accordaient leur confiance, je briguerais la présidence d'Aurillac Agglomération. Tout simplement parce que les lois successives de décentralisation poussent un certain nombre de compétences des communes vers les intercommunalités et, lorsque l'on porte un projet ambitieux pour Aurillac et son territoire, comme ce fut notre cas, on ne peut le mettre en œuvre que si l'on dispose de toutes les prérogatives du bloc communal, dont un certain nombre d'entre elles reviennent à l'Intercommunalité. »
Dans l'intervalle de ces deux élections, vous avez été à la rencontre des 25 Maires. Qu'est-ce que cela vous a apporté ?
Patrick Casagrande : « J'ai effectivement utilisé ce temps pour fournir à l'ensemble des élus communautaires le projet que nous avons présenté pour Aurillac, dans lequel nous avons mélangé allègrement et volontairement des propositions qui dépendaient de compétences communales et intercommunales. Les Maires des 25 communes étaient donc directement concernés. Pour cela, j'ai donc été à leur rencontre, dans leur mairie. Je tenais à aller dans chacune des communes, afin de leur témoigner tout mon respect et débuter comme il se devait notre coopération.
Nous avons aussi discuté de leurs attentes vis-à-vis de notre Collectivité pour ce nouveau mandat et échangé sur leurs appétences, les sujets qui leur tenaient à coeur ou ceux pour lesquels ils souhaitaient personnellement s'investir. En allant sur le terrain, j'ai également pu me rendre compte de certaines difficultés rencontrées par les Maires, en lien avec les compétences de l'Agglomération.
C'est pour cela que je tiens à perpétuer ces déplacements et je suis convaincu que la meilleure façon de gérer cette Intercommunalité, c'est en passant le moins de temps possible dans son bureau ! »
À cette même période, vous avez également composé votre équipe, celle qui a désormais la mission de guider l'Agglomération au cours des sept prochaines années. Comment l'avez-vous pensée ?
Patrick Casagrande : « Je l'ai voulue paritaire, tout d'abord, puisque l'équipe qui m'entoure aujourd'hui est composée de 12 Vice-Présidents, 6 hommes et 6 femmes. La parité dans les Intercommunalités en France n'est pas une évidence, cela nécessite une volonté politique et une possibilité de le faire. Dans notre Agglomération, les Maires des deux plus grosses communes après Aurillac sont des femmes, Isabelle Lantuéjoul à Arpajon-sur-Cère et Bernadette Ginez à Ytrac, et c'est tout naturellement que j'ai proposé une vice-présidence à chacune. J'ai également souhaité de la continuité, comme avec Christian Poulhès à Naucelles qui est conforté dans sa vice-présidence avec un périmètre élargi. Ce choix témoigne aussi de la nécessité d'une pluralité politique pour la bonne marche de l'éxécutif.
La place faîte aux nouveaux Maires est aussi importante puisqu'ils sont 10 cette année sur le territoire de l'Agglo. Ils apportent un vent de fraîcheur, une nouvelle vision et c'était primordial de leur faire une place pour qu'ils aient la pleine possibilité de porter des dossiers et pousser des projets.
La contrepartie de cette décision a été de réduire la représentativité des Aurillacois au sein de cet exécutif. Ainsi, seulement 4 Vice-Présidents d'Aurillac ont été élus pour ce nouveau mandat, contre 6 auparavant. »
Le Conseil d'Installation d'Aurillac Agglo s'est tenu le 14 avril dernier, date à laquelle le nouvel exécutif a pris ses fonctions. Comment voyez-vous la gouvernance au cours de ce mandat ?
Patrick Casagrande : « Je ne crois que très peu à une gouvernance verticale. Nous sommes dans un territoire à taille humaine, où les habitants peuvent facilement croiser et interpeler leurs élus sur les choses qui vont bien ou qui vont mal. Comme pour mes collègues Maires, cela m'arrive tous les jours et il nous faut être en capacité d'entendre ces témoignages et d'y répondre. Il nous faut donc mettre en place une gouvernance la plus horizontale possible, de manière à coller au plus près aux réalités du terrain.
C'est pour cela que la majorité des instances intercommunales sera délocalisée dans les communes ou dans les équipements communautaires afin que chacun puisse pleinement s'approprier le territoire et ses enjeux. »
Ensemble, vous allez également écrire un Projet de Territoire. Pouvez-vous, déjà, nous en dire quelques mots ?
Patrick Casagrande : « Je pense sincèrement qu'une Agglomération comme la nôtre ne peut fonctionner sans un Projet de Territoire. Cela nous permet de nous projeter collectivement à l'horizon 2030, 2040 voire 2050. Il s'agit de savoir ce que l'on souhaite faire tous ensemble à l'échelle du territoire intercommunal, tout en traduisant nos projets muncipaux respectifs.
On va se questionner sur notre positionnement au niveau départemental et régional du point de vue de l'économie, du tourisme et du développement de manière générale. En découleront les politiques d'accueil de populations : logement, urbanisme, déchets... Certaines décisions seront prises rapidement, d'autres à l'horizon de 3-4 ans, d'autres enfin sur plusieurs décennies. Cette vision à long terme est le meilleur moyen pour l'Agglomération de se débarrasser de toute logique politicienne et, ainsi, assurer la continuité de projets fondamentaux au fil des mandats.
À mon sens, ce Projet de Territoire devra s'appuyer sur deux jambes : dynamisme et durabilité. Le dynamisme correspond à notre capacité à créer de la richesse sur le territoire. Par durabilité, j'entends des orientations de long terme qui nous permettront de séduire des populations en quête d'un cadre de vie meilleur. Je pense notamment aux habitants de grandes métropoles embolisées, comme Lyon, Bordeaux ou encore Paris qui vont fuir la chaleur, la pollution, les embouteillages. Ces critères seront très bientôt un vecteur d'attractivité, nous en sommes convaincus. Le futur eldorado, c'est ici ! »
A quelle date pensez-vous pouvoir le présenter en Conseil Communautaire ?
Patrick Casagrande : « J'ai demandé aux services de l'Agglomération, car les agents en seront les premiers acteurs, que ce Projet de Territoire soit rédigé au cours des prochains mois. L'objectif est qu'il soit voté avant la fin de l'année. De cette manière, nous pourrons nous acheminer, dès 2027, vers l'exécution de ce Projet. On y travaille donc déjà, avec la création notamment de groupes thématiques dans lesquels des partenaires extérieurs interviennent. Je crois en l'intelligence collective et plus on est nombreux, plus nous sommes intelligents pour écrire un plan de cet ordre. »
Enfin, le développement économique et l'attractivité ont occupé une place importante dans votre campagne électorale. Quelles mesures souhaitez-vous rapidement mettre en place ?
Patrick Casagrande : « Effectivement, je suis convaincu que la santé des entreprises est le reflet de la santé d'un territoire. La fiscalité des entreprises est le premier financeur du service public. Beaucoup de ce que l'on peut faire pour les habitants dépend de ce l'on peut faire pour le monde économique. Cela passe par le développement d'entreprises déjà présentes comme par le développement d'une stratégie foncière efficace qui nous permettra d'accueillir de nouvelles entités.
L'une des premières mesures est donc reliée à la révision générale du PLUi-H, actuellement en cours. Elle réside dans l'identification de zones pouvant permettre le développement économique. L'un de nos objectifs, partagés notamment avec Patrick Boisset, 1er Vice-Président en charge du Développement économique, c'est que tout entrepreneur en visite à Aurillac reparte en ayant vu, a minima, deux terrains disponibles. Il ne s'installera peut-être pas l'un d'entre eux, mais il pourra au moins se rendre compte de l'environnement économique du territoire, les dessertes, les services... Tout cela repose sur un diagnostic approfondi qui est, à mon sens, primordial. »